Les raisons pour lesquelles vos enfants vous stressent

Il vous est impossible d’imaginer une vie sans enfants. Pourtant, parfois vous auriez bien envie de les coller au mur. Mais comment est-il possible qu’ils soient à la fois votre principale source d’énergie et votre plus grande source de stress ? Professeure Marie-Anne Vanderhasselt vous explique comment garder votre stress sous contrôle.

Marie-Anne Vanderhasselt

En tant que psychologue clinicienne et professeure à l’Université de Gand (faculté de médecine et des sciences de la santé), Marie-Anne Vanderhasselt étudie le stress depuis plus de 15 ans. Ces dernières années, c’est en tant que maman de trois jeunes enfants et autrice de livres sur la parentalité et l’amitié, qu’elle a également étudié cette dernière sous toutes ses facettes. 

Waarom je kinderen je stress geven

C’est toujours pendant le rush matinal, au moment où vous vous apprêtez à franchir la porte, que votre fille a perdu son manteau ou que votre fils casse un vase. Il n’en faut pas plus pour faire le lien entre vos cheveux gris et votre rôle de parent.

« À travers leur humour, leur légèreté et leur amour, nos enfants nous donnent des tonnes d’énergie », raconte Marie-Anne Vanderhasselt. « Il n’y a aucun doute sur le fait qu’ils enrichissent nos vies. Mais ce n’est un secret pour personne, la parentalité entraîne également beaucoup de stress. Et ce n’est pas anormal. On note de nombreuses similitudes entre le comportement des enfants et les situations stressantes. »

Quelles sont ces similitudes ?

« Une personne est stressée lorsqu’une situation est imprévisible, nouvelle ou incontrôlable. Un agenda chargé ne va pas immédiatement vous stresser, mais lorsqu’une réunion imprévue vient s’y ajouter ou que plusieurs de vos rendez-vous se chevauchent, c’est là que vous perdez le contrôle. Et disons qu’"imprévisible, nouveau et incontrôlable" serait une bonne manière de définir le comportement général d’un enfant. »

Le stress, est-il toujours négatif ?

« Non, absolument pas. Le stress procure à votre corps l’énergie nécessaire pour gérer une situation. C’est comme appuyer sur la pédale de gaz. D’une part, cela vous permet de fuir, lutter ou de vous figer en cas de danger ; d’autre part, cela vous donne de l’énergie pour vous concentrer, essayer de nouvelles choses ou vous défier. Une vie sans pression serait ennuyeuse et monotone, et personne ne serait ponctuel. (rires) Le stress peut donc bel et bien être positif, à condition que le niveau de pression redescende. Normalement, le corps le fait automatiquement. Seulement, de nombreux parents perdent la pédale de frein, et c’est alors que le stress devient négatif. »

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Qu’est-ce qui provoque ce basculement ?

« Votre enfant perd son sac de natation, puis la voiture ne veut plus démarrer et lorsque vous arrivez au travail, vous vous rendez compte que là aussi, quelque chose ne suit pas son cours. Bref : c’est la combinaison de la parentalité, du travail, du ménage et de la société frénétique dans laquelle on vit qui, chez de nombreuses personnes, empêche le stress de redescendre. Tant que l’on n’en a pas conscience, la pression continue à s’accumuler et il devient de plus en plus difficile d’enfoncer le frein. Et c’est pourquoi l’on peut soudainement s’emporter pour un "petit" quelque chose. »

Comment prévenir ou guérir cela ?

« La première étape est la plus difficile : être conscient(e) de son haut niveau de stress. Vous vous énervez souvent ou vous avez l’impression de toujours être en mode autopilote ? C’est peut-être un signe ! Une fois que vous avez réalisé cela, il est temps de vous octroyer des moments de repos. Ces moments ne doivent pas obligatoirement suivre une réaction de stress, car l’on manque parfois tout simplement de temps. Mais planifiez de temps à autres un moment de détente – seul(e), en famille, en couple ou entre amis. Qu’il s’agisse de prendre un bain, de faire une longue promenade ou de boire un café ; tant que cela vous procure du calme et que cela vous permet de freiner. »

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Que faire si vous vous emportez contre vos enfants ?

« Pas d’inquiétude, ça arrive à tout le monde. Le principal, c’est que vous soyez honnête envers vos enfants et qu’ils vous accompagnent dans votre retour au calme. Imaginez-vous par exemple que vous rentrez dans la salle de jeu, que vous remarquez qu’ils ont sorti trois puzzles différents et qu’ils ont mélangé toutes les pièces. Il n’est pas étonnant que vous sortiez temporairement de vos gonds, mais expliquez-leur également pourquoi et prévoyez un plan d’action. Faites-leur savoir que vous étiez temporairement fâché(e), qu’ils doivent ranger les morceaux du puzzle dans leurs boîtes et qu’ensuite vous pourrez faire un puzzle ensemble. Cela vous permettra à tous de ne pas rester dans une situation stressante et de profiter ensuite d’une activité qui vous rapproche. »

L’honnêteté est donc cruciale. Pourquoi les parents ont-ils alors tendance à cacher leurs sentiments à leurs enfants ?

« Parce qu’ils veulent les protéger. Cela part d’un sentiment d’amour, mais cela ne leur permet pas de se préparer à la vraie vie. Les enfants ressentent les émotions de leurs parents car le stress est très contagieux. Et c’est pourquoi il faut justement être honnête par rapport à ses sentiments. Pas besoin d’entrer dans les détails, ils pourraient alors avoir le sentiment qu’ils doivent résoudre le problème. Mais un simple "maman est fâchée" fait déjà beaucoup. En observant chez vous le passage du stress vers le calme, ils comprennent mieux le cours normal des émotions et peuvent également apprendre à les gérer. En particulier, parce que le calme aussi est contagieux ! »

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Pas d’inquiétude, ça arrive à tout le monde. Le principal, c’est que vous soyez honnête envers vos enfants et qu’ils vous accompagnent dans votre retour au calme.
Marie-Anne Vanderhasselt psychologue clinicienne

En dehors du comportement des enfants, y a-t-il d’autres éléments qui rendent la parentalité stressante ?

« Certainement et il est souvent difficile d’y trouver une certaine quiétude. Les voici :

  • Le paradoxe du choix
    Dans notre société moderne, il y a tellement d’options pour tout, qu’il en devient de plus en plus difficile de faire un choix. Cela peut aller de la manière dont vous souhaitez éduquer votre enfant, à l’endroit où vous désirez partir en vacances ou le cadeau que Saint-Nicolas apportera. En tant que parent, vous voulez toujours faire le meilleur choix pour votre enfant. Mais comment le savoir avec certitude s’il existe tellement d’autres choix ? La peur de faire le "mauvais" choix crée beaucoup de pression.
  • Être multitâche
    Nous sommes persuadés d’être capables de faire plusieurs choses en même temps, mais c’est uniquement possible s’il s’agit de petites tâches. Lorsque l’on combine l’éducation de ses enfants avec le travail, le ménage et une vie sociale, c’est une utopie que de penser que l’on peut jongler entre tout. Résultat : vous avez l’impression de ne parvenir à rien.
  • Les réseaux sociaux
    Nous sommes continuellement confrontés à la manière dont d’autres personnes mènent leur vie et cela peut sembler être une grande menace. En particulier lorsque vous commencez à vous comparer à d’autres parents ou d’autres personnes en général.
  • La solitude
    La solitude n’est pas liée au nombre de personnes que l’on voit, mais à la question "le fais-je bien ?". Si vous avez l’impression de ne pouvoir en parler à personne, vous vous sentirez seul(e). Cherchez donc quelqu’un à qui vous pouvez vous confier et face à qui vous osez vous mettre à nu, être honnête. C’est difficile, mais il s’agit du premier pas pour contrer la solitude.

Il semble difficile d’éliminer tous les déclencheurs. Mais si vous deviez donner un conseil aux parents, que serait-ce ?

« Soyez indulgent envers vous-même. L’on se sent tous et toutes dépassés à un certain moment, demandez à ma fille. Elle me dit parfois : "Maman, tu as écrit tout un livre sur comment gérer le stress, et tu es encore stressée !" (rires) Ce qui est primordial, c’est d’en être conscient(e), d’être honnête envers vos enfants et de planifier des moments de calme. Seul(e) ou avec d’autres personnes, lors de petites ou de grosses activités, tant que vous trouvez cette pédale de frein afin de faire redescendre la pression. »

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